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Ces simples hommes du monde doivent sans doute
appartenir au reste de
l'humanité, sans goût raffiné, dont il est souvent question. Et
pourtant, Hume va jusqu'à leur accorder la
possibilité d'avoir un jugement
solide, alors que celui-ci avait été identifié, ou presque, avec le
goût
raffiné. Il y a donc une autre forme de jugement que le jugement de
goût.
Comme les hommes du monde sont ceux qui vivent dans les affaires, le
jugement
auquel se réfère Hume ici est sans doute le type de jugement qui est à
l'oeuvre dans ce genre d'activité, à savoir une certaine habileté à
calculer
les enchaînements de moyens ordonnés à une fin, dans la mesure où cette
forme de raisonnement peut permettre de juger de la plupart des choses
qui
concernent les affaires et l'intérêt propre de l'homme ordinaire, sans
impliquer d'autre forme de
goût que le plus commun. Si tel est le cas, on comprend la raison de
l'hésitation de Hume à identifier totalement le bon jugement et le goût
raffiné. Cette réticence ne signifierait pas qu'il y ait une
distinction entre
le jugement et le goût dans les matières qui concernent ce dernier,
mais
plutôt que le jugement a également d'autres formes plus indépendantes
du
goût.
Cette distinction des deux formes du jugement permet de
mettre en évidence
le fait que le jugement moral, ou l'évaluation des caractères, n'est
pas de
l'ordre des simples raisonnements de fait, mais bien du jugement de
goût, qui implique
l'attention fine et sensible aux différences. En effet, les différences
objectives ne suffisent pas à faire voir ce qui justifie la préférence
d'un
caractère par rapport à l'autre. Celle-ci implique une évaluation des
degrés de plaisir
que le goût cultivé peut retirer de chaque aspect d'un caractère. Bref,
le
jugement moral est affaire de goût, et il est d'ordre esthétique, si
bien que
les hommes s'apprécient comme les oeuvres, ou comme la vie elle-même
pour l'homme de
goût.
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