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La délicatesse de goût est déjà apparue comme un esprit
d'analyse, de
distinction des parties. On ne s'étonnera pas du fait qu'elle soit
également
un principe de sélection, puisqu'elle se rapporte à tout par une
sensibilité
différenciée qui lui permet d'évaluer en fonction d'une distinction
fine. Et
plus la formation du goût a lieu à partir d'oeuvres plus admirablement
composées, plus le goût résultant devient délicat et sensible aux
moindres
imperfections, et par suite, plus il devient aussi exigeant. Et comme,
dans cette orientation de la sensibilité, tout
devient objet de goût, et plus particulièrement les produits de l'art,
la conversation et les hommes, on comprend qu'un homme de goût
soit très sélectif dans le choix de sa société. Tout cela, bien sûr,
favorise la concentration du sentiment
sur quelques individus et augmente d'autant l'intensité de l'amour et
de
l'amitié ainsi condensés.
Non seulement ce sage ami et amoureux paraîtra peu sage
selon les canons
habituels, mais le contre-effet de cette concentration de l'amour, à
savoir
l'indifférence pour la plus grande partie des hommes, le fera
apparaître au
moins comme bien éloigné de l'image du sage chrétien et de la
philanthropie
qu'on lui attribue généralement.
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