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Il y a évidemment opposition entre la violence de la passion et la prudence
et le discernement, qui toutes deux supposent le calme des sentiments et
l'examen des choses par divers côtés, tandis que la passion les éclaire
vivement, mais d'un seul côté. D'autre part, comme la passion pousse à
l'action, il est inévitable que les passionnés tendent à agir rapidement et
inconsidérément. Nous avons vu déjà comment, chez les tempérament sujets à
la délicatesse de passion, la
joie entraîne vite une passion plus active, telle que l'amitié, et comment
la tristesse se transforme rapidement chez eux en ressentiment, l'infortune
apparaissant de plus aisément comme adversité.
L'erreur de jugement impliquée dans le passage entre des passions telles que la
joie provenant d'une faveur reçue par quelqu'un et l'amitié est évidente. Une
action ne fait pas un caractère, mais la passion passe ici du plaisir né d'une
simple action à un amour de la personne entière. Et l'on imagine comment le
démenti viendra bientôt et sera éprouvé comme une vexation, qui entraînera
à son tour le ressentiment. Autant d'erreurs de la passion déchaînée.
Nous sommes peu capables de maîtriser notre sort, mais ce peu de maîtrise
que nous avons nous permet davantage de le faire empirer que de l'améliorer. Et
l'on comprend que, luttant sans prudence contre la fortune, on la transforme
aisément en un redoutable adversaire. Et de cette manière, le passionné
contribue au déséquilibre entre
les peines et les plaisirs, en provoquant lui-même davantage d'accidents
pénibles pour lui.
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