rien n’améliore autant le tempérament que l’étude des beautés, que ce soit de poésie, d’éloquence, de musique ou de peinture

Il est évident ici que l'effet de la culture du goût est profond et modifie le tempérament lui-même, qui, au début de l'essai, paraissait nous échoir comme une fatalité du destin. Il n'est pas dit, certes, qu'il soit possible de le bouleverser ou de le changer totalement. Cette transformation, Hume ne la demande pas à la philosophie, ni à la spéculation, ni à l'ascèse, mais à l'étude des arts. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu'en écrivant ses réflexions philosophiques telles qu'il les livre dans ses essais, il ait choisi le mauvais moyen de contribuer à la culture du goût et à la philosophie, en tant qu'elle est la recherche du plus grand bonheur ou de la sagesse. Toutefois, c'est dans la mesure où cette philosophie est également un genre de l'éloquence et un art qu'on peut espérer d'elle cet effet. Et dans ces conditions, il va de soi que cet essai s'offre lui-même à être lu comme un morceau de l'art d'écrire, et non comme le simple exposé d'un raisonnement.