qui nous rend capables de juger du caractère des hommes, des compositions du génie et des productions des arts les plus nobles

Nous avions déjà vu que le goût permettait d'éprouver du plaisir ou de la peine à propos de caractéristiques d'ordre intellectuel, de jouir de discours intelligents et d'avoir du dégoût pour les absurdités. Ici, le goût est présenté comme une faculté de juger; ce qui se comprend si l'on songe que l'appréciation implique autre chose que le raisonnement, à savoir justement la capacité de goûter, d'éprouver un plaisir ou un déplaisir. D'autre part, nous avons vu aussi que le goût avait une tendance analytique, et qu'il permettait donc de percevoir les choses comme des compositions, ce qui est l'un des aspects importants de l'art de juger.

Ce jugement du goût a ses propres objets privilégiés qui sont ici énumérés. On ne s'étonnera pas qu'on goûte les oeuvres d'art et de science, mais l'on sera peut-être plus surpris à première vue de voir le caractère des hommes apparaître parmi ces objets typiques du goût. Pourtant, à la réflexion, il est bien évident qu'il mérite bien la première place que Hume lui attribue ici, parce que nous ne voyons à peu près personne que nous ne cherchions pas à soumettre à notre appréciation, et qui ne nous plaise ou nous déplaise par parties et en totalité.

Mais, si c'est le goût qui nous rend capables de juger du caractère des hommes, ne faut-il pas que les jugements que nous avons portés avec Hume sur les tempéraments passionnés, froids et sobres, ou délicats par le goût, aient déjà été des exemples de tels jugements de goût?