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En poursuivant la symétrie de la présentation des deux
formes de
délicatesse, Hume est incité à nous faire apparaître l'aspect de
passivité
de la délicatesse de goût. C'est aussi de l'extérieur, et notamment de
la
faveur des hommes, que nous viennent ces objets du goût que sont les
oeuvres
d'art. Mais d'une part, seule la faveur d'autrui est ici envisagée, et
non la
vexation, et d'autre part l'effet d'une telle faveur est différent. Au
lieu du passage
rapide à l'amitié pour le bienfaiteur, le délicat par le goût se
concentre sur l'objet, auquel il ne réagit d'ailleurs pas immédiatement
en
bloc, parce qu'il s'attarde au contraire à le considérer, attaché à lui
par
son sentiment, et poussé à le sentir en détail, c'est-à-dire du même
coup
à en discerner les moindres parties, qui deviennent chacune l'objet de
son
sentiment. Ainsi, la délicatesse du sentiment s'allie ici à une
perception
fine ou délicate de la chose, comme le mot le laisse entendre. Et l'on
voit que
c'est bien au goût que le terme de délicatesse s'applique de la façon
la plus juste.
Alors que la délicatesse de passion nous était présentée
à la manière
d'une maladie dont on se trouve affligé, la délicatesse de goût est
explicitement désignée ici comme un talent dont on est doué. Ce sont
deux
façons de signifier des dispositions dont nous ne sommes pas
responsables à
l'origine. Mais on sent déjà l'évaluation opposée qu'en fait l'auteur.
Alors que le lecteur n'était pas invité à se faire le
bienfaiteur de
l'homme passionné ou susceptible, nous voici appelés à nous représenter
nous-mêmes dans le rôle de celui qui fait découvrir une oeuvre d'art à
l'homme de goût. Faut-il croire que Hume s'adresse plutôt à ceux qui
aiment
eux-mêmes les belles choses et qui préfèrent inviter à les contempler,
sans
profit, qu'à ceux qui préféreraient tenter de provoquer par leurs
services de
la reconnaissance chez les autres? Le premier mode de rapport humain
doit lui
paraître en tout cas plus agréable que le second, si, sans autre motif
décelable, il nous invite à nous y transporter par l'imagination, mais
non
dans l'autre.
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