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Si la joie se suffit à
elle-même, qu'on ne croie pas pourtant qu'elle ne puisse engendrer de
sentiments moins éphémères. Dans les relations humaines particulièrement, les
privilèges qu'on nous accorde et les services rendus, de même que les
rebuffades, font naître un sentiment
plus durable pour leur auteur. Mais qu'on examine
ce point. Si quelqu'un devient facilement l'ami de celui qui lui rend
service,
mais se vexe de tout et en conserve de la rancoeur, combien de temps pourra
durer son amitié? et que vaudra-t-elle? Il est vrai qu'il sera possible
peut-être de calmer son ressentiment par quelque faveur. Mais, si l'on en croit
Hume, la moindre vexation suffit pour déclencher le ressentiment du délicat de
passion, tandis que le degré de faveur nécessaire pour s'acquérir son amitié
susceptible n'est pas si facile à assigner.
Au simple niveau formel de la phrase, le redoublement des termes désignant
la cause de l'amitié, mais non celle du ressentiment, introduit un léger
déséquilibre en faveur du pôle positif, compensant celui qui s'établit
plus substantiellement du côté négatif, et le rendant par là un peu plus
caché à une lecture inattentive.
Il est intéressant de remarquer ici comment l'exagération de la réaction
passionnelle ne s'exprime pas seulement dans l'intensité du sentiment normal,
mais également dans le passage à d'autres
passions, plus étendues, débordant largement les dimensions de l'événement.
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