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Aux philosophes, Hume reprochait de s'être donné pour but d'atteindre un
idéal inaccessible. On peut supposer que l'un des inconvénients majeurs d'une
telle entreprise réside dans la déception inévitable qu'elle prépare. Mais
l'homme de goût ne reproduit-il pas à présent, à un degré plus modeste, une
situation semblable? En effet, s'il ne se donne pas un idéal inaccessible, il
se fixe pourtant des exigences si élevées qu'il doit rejeter la grande partie
de l'humanité comme impropre à son amitié et à sa conversation. Ne
semble-t-il pas que plus quelqu'un raffine son goût, plus la réalité lui
paraît méprisable? Ne doit-il donc pas devenir toujours plus malheureux? L'élargissement
de la sphère des plaisirs et des peines ne se fait-il pas, ici aussi, au
profit des peines? A
moins bien sûr que l'homme de goût ne finisse par s'enfermer dans son imagination pour vivre dans un monde
fictif
la perfection qu'il conçoit.
Il peut être amusant de suivre les extensions et restrictions que subit le
domaine du reste de l'humanité
au cours de cet essai. Maintenant, ne sont-ce pas tous les caractères moins
parfaits qui le constituent, ceux qui ne conviennent pas à la société de
l'homme de goût? Sont-ils les mêmes que ceux qui sont dénués de délicatesse
de goût?
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