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S'il est vrai que, dans les conditions requises,
personne ne serait de l'avis
inverse à celui de Hume, c'est donc que tout le monde serait d'accord
avec lui,
et par conséquent que son jugement sur la valeur respective des deux
caractères, passionné et calme, peut prétendre à l'universalité. Il
semble
donc que ce jugement doive découler soit d'une expérience constante,
soit d'un
raisonnement nécessaire. Et pourtant, c'est justement sur le fait même
que son
jugement serait universel si les conditions optimales (la juste pesée de tous
les éléments) en étaient données en chaque juge, que porte la croyance
personnelle de Hume, exprimée dans son caractère subjectif par la
formule "je
crois". Ce mouvement est étrange, puisqu'il consiste à dire en
quelque sorte que c'est un jugement tout à fait particulier ou
subjectif qui
assure que tel autre jugement puisse être universel.
L'universalité paraît devoir impliquer des critères
indépendants des
juges particuliers. Mais l'affirmation d'une simple croyance subjective
en
l'universalité d'un jugement exprime un doute sur l'existence de tels
critères. Ou bien l'auteur croit leur existence seulement probable, et
par
suite il n'envisage que comme vraisemblable la possibilité d'effectuer
le raisonnement qui y satisferait, ou bien il ne croit pas
à l'existence de critères permettant la déduction de la conclusion
universelle
visée, mais croit néanmoins que, pour d'autres raisons, celle-ci
pourrait être
dans les faits universelle parmi les bons juges. La première
possibilité
paraît peu vraisemblable, car si Hume avait déjà pour sa part accompli
lui-même la pesée
adéquate permettant d'aboutir à la conclusion objective susceptible
d'être
universalisée, il saurait sur quels critères impératifs il s'est
appuyé, et il ne pourrait douter de leur existence. Il
reste donc la deuxième interprétation, qui suppose une méthode
paradoxale,
permettant d'arriver à des jugements universels, quoique non fondés sur
des
critères objectivement assurés.
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