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En tant que considérée non seulement comme bien en soi,
mais comme remède,
la délicatesse de goût devait nous guérir de la délicatesse de passion.
Nous
sommes donc arrivés au but. Mais comment la guérison s'est-elle
produite? Par
l'exercice du goût, celui-ci s'est raffiné et est devenu délicatesse de
goût. Or cette dernière a ses plaisirs propres, qui sont en partie
incompatibles avec ceux de la délicatesse de passion, parce qu'ils
supposent de
percevoir les choses d'une autre manière, de reconstituer le tableau en
donnant
souvent une importance moindre, voire dérisoire, à ce qui déclenchait
les
passions dans la première perspective. A mesure que le goût se raffine,
il
enlève donc pour ainsi dire ses objets à la délicatesse de passion et
la
tarit ainsi.
En somme, Hume ne résout-il pas ici le problème du
philosophe classique de
savoir comment nous délivrer de la passion par la raison? Seulement, la
raison
n'est plus maintenant une faculté intellectuelle abstraite et froide.
Elle est
une autre forme du sentiment, le jugement identifié au goût. Et
celui-ci ne
s'acharne plus sur la passion pour la réprimer. Il se contente d'en
détourner
les objets en ne se souciant que de se développer lui-même.
Si l'on ne considère dans la délicatesse de passion que
la sensibilité
extrême du mécanisme de déclenchement des réactions émotives, il n'est
pas
difficile d'accepter la solution que propose Hume, puisqu'il suffit de
réinterpréter autrement les événements déclencheurs pour les empêcher,
en
partie du moins, d'opérer à leur manière habituelle. En revanche, si
l'on
tient compte du fait que la sensibilité de passion est également une
vivacité, une force, voire une violence du sentiment, on se demandera
si toute
cette énergie peut être rendue inactive par la concurrence d'un goût
raffiné, et être entièrement maîtrisée par le jeu de réinterprétation
des événements
réels.
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