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La bonne ou la mauvaise
fortune sont très peu en notre pouvoir. C'est ce que Hume
remarquait pour nous persuader que la délicatesse de passion nous
asservissait
à une puissance sur laquelle nous ne pouvions rien. Mais, de même que
la
délicatesse de goût est plus en notre pouvoir que l'autre, ses objets
le sont
également dans une assez grande mesure. Les livres, les distractions et
la
société que nous fréquentons, tout cela est relativement à notre
disposition, même si les livres, par exemple, peuvent nous manquer
aussi.
Remarquons pourtant que ce dont nous sommes dits maîtres, ce n'est pas
d'avoir
ou non des livres, mais de choisir ceux que nous lisons, une liberté
plus
étendue que la première. Plus encore, nos distractions dépendent
largement de notre invention
et peuvent s'adapter aux diverses situations dans lesquelles la fortune
nous
place. Quant à la société, voilà un choix qui peut être à nouveau assez
limité par le sort. Le contraste n'est donc pas entier entre les deux
formes de
délicatesse sur ce point de notre liberté, mais il est suffisamment
marqué
pour inverser leur valeur dans la recherche de l'autonomie. Et la
valeur de
l'autonomie vient naturellement de ce qu'en nous permettant de régler
nos
plaisirs et nos peines, elle nous permet de faire dominer les premiers
sur les
secondes.
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